Le Mozambique place ses espoirs dans la mer, selon un haut responsable

MAPUTO, 19 Février 2016. Une autre journée s’achève dans la capitale mozambicaine et les pêcheurs commencent à réapparaître sur le rivage pour décharger la pêche du jour.
Multi-stakeholer meeting MaputoMalgré un soleil brûlant, les femmes attendent déjà sur la plage pour récupérer leur part des prises à vendre au Mercado do Peixe. Dans les filets des pêcheurs artisanaux, des crevettes d’eau peu profondes figurent parmi les prises les plus importantes.

Avec 70% de la population vivant sur le littoral, l’océan est source d’emplois, de protéines et de sécurité alimentaire et le secteur de la pêche représente une source importante de revenus pour l’économie du pays.

Pourtant, au cours des dernières décennies, la surpêche et les techniques destructives de pêche ont largement contribué à une diminution des prises et à la dégradation de l’écosystème dans de nombreuses zones côtières. Malgré l’instauration au début des années 2000 d’une période de repos biologique de six mois pour la pêche à la crevette, les stocks de crevettes d’eau peu profonde ont continué à se réduire en même temps que la taille des prises dans les filets de pêcheurs continuait de diminuer. Le littoral étant particulièrement vulnérable aux cyclones, aux ondes de tempêtes et aux inondations, il est prévisible que le changement climatique ne fasse qu’aggraver la situation.

Et les ressources halieutiques des pays doivent faire face à une autre menace : la pêche Illégale, Non-Déclarée et Non-Réglementée (INN). A cause des lacunes au niveau de la surveillance et de la gouvernance dans le secteur de la pêche, le pays africain a été la cible de navires de pêche étrangers venant pêcher illégalement dans ses eaux territoriales. On estime que la pêche illégale représente une perte annuelle de 35 millions de dollar pour le Mozambique.

Lors d’une visite de trois jours au Mozambique, le Secrétariat de la FiTI a rencontré S.E. Henrique Bongece, le Ministre Adjoint du Ministère de la Mer, des Eaux intérieures et des Pêches ainsi que deux de ses directeurs afin de discuter de la gestion des ressources halieutiques mozambicaines. Alors que les signes du changement climatique se font sentir de plus en plus, « le peuple place ses espoirs dans la mer », a-t-il confié.

« Le secteur de la pêche est extrêmement important pour le pays. Il contribue à la sécurité alimentaire et est source de devises étrangères », a expliqué le Ministre Adjoint. « Toute initiative qui nous permette de mieux connaître l’état des ressources halieutiques sont les bienvenues », a-t-il conclu.

Lors d’un atelier multipartite de trois heures organisé par le Centro de Integridade Publica (CIP), des représentants des trois grands groupes d’acteurs du secteur de la pêche ont échangé leurs points de vue avec le Secrétariat concernant le statut actuel de la gestion des ressources halieutiques et les défis du secteur de la pêche au Mozambique. Etaient entre autres présents à la rencontre des acteurs de pêcheries à petite échelle et à grande échelle (ARMAPESCA, AMAPIC and SIP – Sociedade Industrial De Pesca), des représentants de la société civile (Centro de Integridade Publica, OXFAM, World Wide Fund For Nature) et des représentants du Ministre de la Mer, des Eaux Intérieures et des Pêches.

A la lumière des défis du secteur de la pêche dans le pays, tous les acteurs ont unanimement reconnu l’importance cruciale de garantir que la population puisse continuer à bénéficier durablement des ressources halieutiques de leur pays.

« Le poisson est de moins en moins accessible aux populations les plus pauvres », a expliqué un représentant d’OXFAM. Cela pose de sérieux défis au pays, alors que 50% de la population du Mozambique tire ses besoins en protéines du poisson».

Plus de transparence aiderait sensiblement à garantir que le poisson capturé le long des côtes du pays soit pêché de façon durable et que toute la population en bénéficie. « Les crevettes et le thon sont les principales espèces de poisson pêchées dans les eaux territoriales. Le thon étant un poisson de grande valeur, les captures sont en grande partie exportées pour générer des recettes. Le problème est que non seulement la plupart de la population n’a jamais mangé de thon, mais les Mozambicains ne profitent pas non plus des profits générés, » regrette un représentant du parti de l’opposition (RENAMO).

Une recommandation majeure de la réunion concernait la présentation des informations au public. Il faut garantir que les informations publiées permettent d’augmenter la prise de conscience et qu’elles renforcent les capacités de la population à garantir que les ressources halieutiques d’un pays soient gérées de manière responsable et durable.

Cette recommandation est basée sur les leçons apprises de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) et sur la façon dont l’initiative fonctionne dans le pays. « En ce moment, la presse traite les informations de l’ITIE d’une façon désastreuse qui ne fait qu’augmenter la confusion », a déclaré un participant lors de la réunion.

Le Secrétariat de la FiTI a aussi rencontré d’autres experts du secteur de la pêche pour discuter du rôle de la transparence et de la participation pour une pêche responsable. Ici aussi, les experts ont unanimement reconnu le besoin de plus de transparence dans le secteur, en particulier autour des licences, des captures et des quotas.

Les experts ont insisté sur le fait que les efforts de transparence devraient également inclure la pêche à petite échelle afin de mettre en avant leur pertinence et importance pour une pêche durable.

Après qu’un récent scandale lié au secteur de la pêche a fait les grandes lignes des journaux du monde entier (le scandale EMATUM, une entreprise de pêche nationalisé), la transparence est plus que jamais un sujet d’actualité au Mozambique.


Data from Fishforever, February 2014. http://www.fishforever.org/wp-content/uploads/2014/02/FishForeverMozambique.pdf